«Le crédit revolving est en cause dans 80% des dossiers de surendettement»

Libération, 27 avril 2012 :

Un an après l’entrée en vigueur de la loi Lagarde qui devait encadrer le crédit renouvelable (ou revolving), pousse-au-crime du surendettement, celle-ci n’est toujours pas respectée par les magasins et les sites spécialisés sur internet.

Alors que l’association UFC-Que Choisir a annoncé mercredi avoir déposé plainte contre des magasins de grande distribution pour non-respect de cette loi, Nicole Pérez, son administratrice nationale, revient sur la situation.

Qu’est-ce que le crédit renouvelable ?

C’est une forme de crédit à la consommation permanent, qui se reconstitue automatiquement au fur et à mesure des remboursements. Au départ, ce type de produit était destiné aux gens aisés qui ne voulaient pas piocher dans leur épargne. Mais il est sorti de sa finalité première et on le retrouve désormais sur les lieux de vente.

Quels sont les dangers liés à ce type de crédit ?

Contrairement au crédit à la consommation classique, il est très peu amortissable. Son taux d’intérêt est très élevé (de l’ordre de 20%) et la somme pour laquelle on contracte ce prêt n’est pas fixe. On rentre dans un magasin pour acheter un appareil ménager à 1200 euros et l’on se retrouve avec un crédit renouvelable à 3000 euros. Alors, certes, on n’est pas obligé de tout dépenser, mais on peut être incité à piocher à un moment ou un autre dans cette réserve. Il suffit ensuite d’un rien pour basculer dans le surendettement. Le crédit revolving est en cause dans 80% des dossiers de surendettement.

Le risque est d’autant plus grand que le contrat de crédit n’est pas affecté à l’achat que l’on fait. Donc si l’on ne reçoit finalement pas l’objet commandé (parce que le magasin fait faillite par exemple), on doit tout de même le rembourser en intégralité. On est doublement perdant.

La loi Lagarde n’a donc rien changé ?

Cette loi oblige les enseignes à proposer aux clients des alternatives aux crédits renouvelables, comme le crédit à la consommation classique qui permet de payer en plusieurs fois sans frais. Depuis un an, on relève effectivement une légère amélioration dans la distribution des crédits renouvelables, mais les enseignes ont trouvé un nouveau moyen de contourner la loi. Dans la plupart des cas, on ne peut opter pour un crédit à la consommation classique sans prendre une carte de fidélité. Or, celle-ci contient également une réserve d’argent disponible, c’est-à-dire un crédit renouvelable.

De même, on surveille aujourd’hui davantage la solvabilité des souscripteurs mais sans aller jusqu’au bout. Quand le vendeur s’enquiert du montant de vos revenus, il ne se soucie pas de savoir si vous avez un tiers à charge ou si vous versez une pension alimentaire. Surtout, il estime votre solvabilité par rapport au prix du produit que vous achetez, et non par rapport au montant du crédit inscrit sur la carte, beaucoup plus important.

La situation est-elle la même sur Internet ?

Oui, les sites spécialisés sur les demandes de crédit ne sont pas en reste. Ils occultent l’offre alternative ou la dissimulent en la reléguant à la troisième ou la quatrième page. Sur certains sites, l’internaute doit même composer un numéro surtaxé pour obtenir ces renseignements.

D’où votre décision de déposer plainte? 

Nous avons saisi la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) afin que la loi Lagarde soit respectée et les infractions sanctionnés. Nous avons d’ailleurs déposé plainte auprès du tribunal de grande instance de Paris contre les principales sociétés proposant des crédits renouvelables (Sofinco, Financo, Cofidis et Cofinoga) pour défaut d’offre alternative. Nous sommes également intervenus auprès des parlementaires pour demander l’interdiction de la vente de crédit renouvelable sur le lieu de vente, la séparation totale entre carte de fidélité et crédit renouvelable, la vérification de la solvabilité dès le 1er euro emprunté (et non à partir de 1 000 euros comme le préconise la loi) et l’interdiction du démarchage en matière de crédit. 

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