La hausse du plafond du livret A n’est pas vraiment de gauche !

Rue 89, le 22/08/2012 :

Le livret A, c’est un peu comme la tour Eiffel ou le baccalauréat. On l’aime par réflexe, par attachement quasi républicain. Ne finance-t-il pas le logement social ? Difficile d’être contre ce produit d’épargne simple, défiscalisé, en un mot : populaire.

L’augmentation de son plafond (de 15 300 à 19 125 euros), annoncée ce mercredi matin, est donc généralement bien accueillie. Ce n’est qu’un début : François Hollande a promis de doubler ce plafond lors de son mandat, pour le porter à 30 600 euros. Et il tiendra parole, jure-t-on à Bercy.

Cette mesure ne va pourtant pas de soi, car elle profitera, concrètement, aux familles les plus aisées de la société. Ce qui cadre mal avec le programme de François Hollande.

Les détenteurs de livret A qui ont atteint le plafond sont en effet très minoritaires : 8,5% des livrets A seulement ! Ce ne sont pas les épargnants les plus modestes et ils détiennent déjà 43,2% de l’encours.

Doublement d’une niche fiscale

En France, les familles aisées ont, la plupart du temps, en plus de leurs autres produits d’épargne, plusieurs livrets A bourrés jusqu’à la gorge : un par membre de la famille. Pour une famille avec deux enfants, l’épargne A est déjà de 61 200 euros. Placée à 2,25%, avec une parfaite disponibilité, une parfaite sécurité, et sans fiscalité : elle assure un gain net de 1 377 euros par an qui, à taux inchangé, doublera d’ici la fin du quinquennat…

Il y a d’autres raisons de s’interroger sur l’opportunité de doubler le plafond du livret A. Passons sur l’argument de la Banque de France, qui craint que l’on ne fasse que déshabiller Pierre pour habiller Paul : une partie de l’épargne risque en effet de glisser de l’assurance-vie (fiscalisée) vers le livret A (défiscalisé) ; on se souvient toujours que le second finance le logement social, on oublie que la première finance les entreprises et la dette publique.

Et le logement social !

Reste l’argument du logement. La mesure serait « de gauche » parce qu’elle permettrait de financer de nouveaux HLM. Or, cela reste à démontrer : il faut en effet que des projets existent en nombre suffisant.

Ce n’est pas le cas actuellement : le livret A déborde de liquidités inutilisées. Une grande partie de l’argent (52 milliards sur les 300 milliards collectés, selon la Cour des comptes) dort sans affectation à la Caisse des Dépôt.

Pour que le relèvement du plafond du livret A ait un sens, il faut changer cet état de fait et s’engager dans une politique de logement audacieuse : le gouvernement a promis de construire 150 000 logements sociaux par an (contre 110 000 en 2011), mais déjà, les associations s’inquiètent d’un possible recul.

Seule une politique très hardie dans le domaine peut justifier la défiscalisation, par un gouvernement de gauche, de dizaines de milliards d’euros d’épargne. C’est à Cécile Duflot, la ministre du Logement, de jouer.

P.S. : Après avoir publié cet édito, j’apprends que le Parlement est convoqué le 24 septembre en session extraordinaire pour examiner deux projets de loi, dont l’un portera sur les logements sociaux : bon signe.

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