» Mon fils aimerait voir la mer  » : la galère d’une mère.

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Le 17 octobre, journée mondiale de refus de la misère.

Le 17 octobre, journée mondiale de refus de la misère.

Témoignage.

Rencontre poignante à Niort avec deux jeunes mères en galère, qui se battent mais font face à bien des difficultés, en cette journée de lutte contre la misère.

Marie (*) sort du bureau la tête enfouie dans ses mains, traverse le hall, s’arrête devant sa copine, essaie de parler. Interloquée. « J’ai droit à rien. Je gagne trop ! » Quelques mots saccadés. La jeune Niortaise de 25 ans venait pour la première fois au Secours populaire, encouragée par son amie. Elle a pris sur elle, a franchi le seuil. En repart les mains vides. En sanglots, elle file se réfugier dans sa vieille voiture. A bout, elle aussi. « Elle a 20 ans, c’est une automatique, qui carbure au sans plomb 95. Elle va me claquer dans les mains ».

  » Juste au-dessus de tout. Je n’ai droit à rien « 

Réfugiée derrière son volant, Marie craque pour de bon. Un instant de « lâcher prise » dans un quotidien où d’ordinaire, rien ne le lui permet. La jeune femme se bat. Salariée à trois quarts temps, elle élève seul son enfant de 3 ans et demi. « Je fais mon maximum là où je travaille. On ne m’a même pas accordé mon mercredi. Je mets mon enfant à la garderie le matin, le soir et en centre le mercredi. » Pourtant, elle est là pour lui : « Je fais partie de l’association des parents d’élèves, je m’investis… »

Seulement la jeune mère ressent un criant sentiment d’injustice. « Avec mon boulot, je gagne 890 € par mois, c’est juste au-dessus de tout. Du coup, je n’ai droit à rien. A rien ». A peine de quoi survivre en situation tendue. Le moindre pépin qui survient et les conséquences sont dramatiques. « En août, l’entreprise a fermé. Regardez mon salaire, 200 €. Et ça, mon loyer avec la facture d’eau : 600 €. Comment est-ce que je peux faire ? » Forcément dans le rouge. La spirale : « La banque me menace d’interdit bancaire ». Ses parents ? « A 60 ans, ma mère est obligée de travailler encore deux ans de plus. Et mon père retraité est obligé de retravailler aussi pour qu’ils s’en sortent. Ils m’ont déjà donné la voiture. Mais je n’ai pas le droit de leur demander plus ».

Son découvert, elle va forcément le traîner. En cette mi-octobre, cette jeune Niortaise n’a plus rien sur son compte en banque. Elle vivote avec son petit salaire pour deux, sans voir grandir son enfant, sans pouvoir lui offrir des loisirs le week-end, coincée au quotidien dans un mini-logement. « Mon fils me dit que c’est trop petit où on habite. Il rêverait de voir la mer et je ne peux même pas l’emmener. Je ne suis pas partie en vacances depuis six ans ».

Avec sa copine, elles ont fait le vide-greniers de Niort, récupéré 90 € à deux, à se partager. Juste de quoi « gagner » quelques jours. Elle a 27 ans et a cessé de travailler il y a quatre ans à la naissance de son enfant. Avec le RSA et 597 € pour deux par mois, elle galère évidemment. L’ex-serveuse est décidée à retrouver du boulot. « Mais les mercredis, samedis et dimanches, comment vais-je faire pour faire garder mon enfant ? » La famille ? « Elle est en région parisienne ». Les amis ? « Ils bossent ».
La tête sur les épaules, les deux jeunes femmes battantes comptent bien s’en sortir. En attendant, elles s’entraident et se réconfortent. Quand l’une craque, l’autre est là. Le 17 octobre, c’est la journée mondiale du refus de la misère. Elles, elles la vivent tous les jours.

chiffres clés :

> 858 familles inscrites, soit 2.400 bénéficiaires au centre du Secours populaire de Niort depuis le début de l’année.
> A la fin 2011, 1.052 familles (2.632 personnes) étaient inscrites, soit une augmentation de 25 % par rapport à 2010. Le triste record de l’an passé pourrait être égalé.
> Les bénévoles du Secours populaire constatent une croissance continue du nombre de demandes depuis 2008.
> Les barêmes pour bénéficier d’une aide sont de 417 € pour une personne seule et 720 € pour deux.

Repères :

> La Journée mondiale du refus de la misère a été lancée le 17 octobre 1987, proclamée Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté par les Nations Unies en 92.

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