La moitié des Français vivent avec moins de 1 630 euros par mois

C’est peu dire pour la moitié de cette moitié qui vit avec moins de 1000 euros par mois, voire la moitié de cette autre moitié, avec encore deux fois moins. Est-ce donc cela qu’on appelle, vivre.

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lepoint.fr, 02/07/2014

Comment les Français ont-ils traversé la crise ? C’est un peu la question à laquelle a répondu l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) au travers de son étude sur les inégalités de niveau de vie et la pauvreté en 2011 dévoilée lundi.

Trois ans après l’effondrement de la banque d’affaires américaine qui a étendu la crise américaine des subprimes au reste du monde, le niveau de vie médian (voir encadré) des Français s’est stabilisé (après une baisse de 0,5 % en 2010) avec la poursuite de la reprise économique de 2010, au moins jusqu’au retournement marqué du second semestre. Cet indicateur, qui partage la population en deux parts égales, s’est établi en 2011 à 1 630 euros par mois en métropole. Concrètement, cela signifie que la moitié des Français ont un niveau de vie plus élevé et l’autre moitié un niveau moins élevé.

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Mais cette stabilité cache des évolutions contrastées à l’intérieur de la population. Les inégalités ont continué de se creuser sous l’effet de la progression des très hauts revenus. Les 5 % les plus aisés ont vu leur niveau de vie continuer à progresser de 1,9 %, notamment grâce à l’importance des ressources tirées de leur patrimoine. En revanche, les 40 % des Français les plus modestes ont vu leur niveau de vie régresser dans une fourchette comprise entre – 0,8 % et – 0,2 %.

Un seuil de pauvreté à 977 euros

Résultat, en France, les 10 % les plus riches avaient un niveau de vie de 3,6 fois supérieur (37 450 euros) à celui des 10 % les plus modestes (10 530 euros) en 2011 contre 3,5 fois en 2010. C’est le plus haut niveau enregistré depuis 1996.

Le taux de pauvreté, établi à 60 % du niveau de vie médian, a quant à lui augmenté de 0,3 point pour atteindre 14,3 % de la population totale. Concrètement, cela signifie que 8,7 millions de personnes vivaient avec moins de 977 euros par mois en 2011. Depuis le début de la crise en 2008, la hausse du taux de pauvreté a atteint 1,2 point, un rythme plus rapide que dans les autres pays européens. Mais cette tendance est à relativiser puisque, contrairement à d’autres pays européens, la France a vu son niveau de vie médian continuer à augmenter de 1,4 % de 2008 à 2011. « Il suffit que le bas de l’échelle évolue moins vite que le revenu médian pour que le taux de pauvreté augmente, et c’est bien ce qui s’est passé depuis 2008 », explique Jérôme Accardo, chef du département conditions de vie des ménages.

Sans surprise, le taux de pauvreté est particulièrement élevé parmi les chômeurs (38,9 % d’entre eux sont pauvres, une hausse de trois points). Si les actifs occupés sont bien plus protégés (8 % d’entre eux sont pauvres), ils ne sont pas pour autant épargnés par la hausse. Leur taux de pauvreté a également progressé entre 2010 et 2011 (+ 0,5 point). Une évolution expliquée par la non-progression des bas salaires, voire la baisse du smic horaire brut (- 0,3 %) en moyenne annuelle. Malgré les très décriés mini-jobs, les actifs occupés outre-Rhin ont un peu moins connu la pauvreté que leurs homologues français (7,8 %).

Un taux de pauvreté inférieur à la moyenne européenne

Les retraités français sont dans une position relativement meilleure que celle de l’ensemble des actifs. Leur taux de pauvreté a régressé de 10 à 9,1 %, alors qu’il a augmenté de 10,2 à 10,9 % pour les actifs. Cette tendance positive pour les retraités s’explique par l’arrivée à la retraite de salariés ayant eu des carrières plus complètes que leurs aînés, notamment les femmes, mais elle ne reflète pas encore les effets de la réforme des retraites de 2010 de Nicolas Sarkozy.

Au final, le niveau de pauvreté global dans l’Hexagone est encore inférieur à la moyenne observée chez ses partenaires de l’UE à 27, à 13,4 % contre 17 % et même à celui de l’Allemagne (16 %).

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De la difficulté de sortir de la pauvreté

Mais ce chiffre ne dit pas tout, puisqu’il ignore les flux d’entrée et de sortie de la pauvreté. Entre 2009 et 2010, 6 % des non-pauvres le sont devenus, soit une hausse de plus de 3 millions de personnes. Au final, « 18 % des Français sont en risque de pauvreté, car ils l’ont été l’année précédente ou le seront l’année d’après », souligne Simon Beck, coauteur d’une étude sur les facteurs qui protègent de la pauvreté*.

Et une fois qu’ils sont entrés dans la pauvreté, il leur est de plus en plus difficile d’en sortir. 50 % des personnes entrées dans la pauvreté une année donnée le sont encore deux ans plus tard, et 20 % quatre ans plus tard. Pour le dire autrement, plus de 30 % des personnes qui tombent dans la pauvreté y restent au moins trois ans. « La propension à rester dans la pauvreté une année de plus augmente avec le nombre d’années déjà passées en pauvreté », résume Simon Beck. Un résultat qui pourrait en partie s’expliquer par le découragement des chômeurs de longue durée et la baisse de leur employabilité.

Bien sûr, tout le monde n’est pas égal devant le risque de pauvreté : une catégorie socioprofessionnelle élevée, le fait de vivre en couple ou l’avancée en âge diminuent le risque de devenir pauvre. Mais étonnement, ces facteurs n’aident pas vraiment à en sortir plus facilement. « Au bout de 5 ans, la part des cadres et des ouvriers restés en situation de pauvreté est quasiment la même (17 % contre 18 %). »

Les facteurs qui protègent de la pauvreté n’aident pas forcément à en sortir, Simon Beck, Nathalie Missègue et Juliette Ponceau, Insee,

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